Dimanche 2 décembre 2007

Je vais. De par la phrase, à travers la signification, chercher ailleurs ce que je suis, à quelques pas seulement, si près que je pourrais toucher ce que je cherche. Mais cela reste inaccessible, on ne s’atteint jamais. Je le sais, le respecte, l’honore et l’entends. J’avance avec conscience et mes pierres en main, mes racines, mon cœur. Je me tiens toute entière dans ce que je bâtis, même quand je me tourne le dos. Je suis mon fil dénoué, longeant la phrase, reniant le style, perdue dans la signification. J’avance, de phrase en phrase, pas à pas, posant les pierres une à une, vers la chute, vers l’édification. On ne sait pas bien ce qu’on touche, on ne sait pas ce que l’on atteint. On reste dans le noir, au début de la phrase, avec en mains les outils, la volonté d’y aller. On ne sait pas où l’on tombe, ce que les autres voient. La seule chose que l’on sait c’est que c’est là, monté, et qu’on est arrivé au terme du voyage.

 

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Jeudi 25 octobre 2007

La route est noire. J’entends sa course. Je respecte sa déformation et je m’engage, vivante. Je parcours les os broyés, le choc des angles soumis à la forme. Je me donne à la force du voyage, au caractère de la source. J’adopte, l’ironie j’adopte, la joie je professe, le serment d’être en terre avec la terre, et toujours reconnaissable, fidèle au corps et au mouvement. Je navigue au rythme, dans le son de l’image. Riche d’une cohérence profonde, et d’un bien, partageable sous condition, multiplié dans le désir. Je marche à la rencontre de moi-même, je me taille un reflet à la mesure de mes différences, à vif dans le gras superflu du verbe.

 

L’accident de la route ne se révèle pas, il fait corps avec le montant même de sa matière. Noir est le heurt, d’attente en attente et brimé par le devoir de rebondir. La voie de l’échec louvoie, s’isole des courses et des parcours. Nous n’avons guère le choix, prendre la route, noire et cassante, dure et sèche. Et nous avons le choix… Par notre marche de l’ameublir et d’y bâtir les nobles paysages, dragues de songes et de désirs. La paix sur l’âge, dans le lointain de la quête. A l’autre bout du voyage, aux sources d’un temps sans limites.

 

La route est noire. Empruntons-la.

 

 

 

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Dimanche 23 septembre 2007

 

C’est un monceau d’années. Ne soyons pas trop généreux avec ses qualificatifs, elle en serait plus cruelle. C’est un reste de sédiments, usés les uns par les autres et plus rarement nourris par un reste de marée. C’est ce qu’on nous laisse à défaut d’avoir pris, des souvenances, des amours, et le cœur concassé, l’ensemble d’un corps partagé entre ses élans et ses déchéances, un impossible recommencement. C’est plus que nous-même, au-delà de la zone personnelle ; au ciel ? A l’autre bout ? Du côté de quel infini ?

 

C’est hier et demain, pour un temps réduit à de la simple pacotille, une breloque de plus sur la terre comme au ciel, une miette, une poudre de fourmi. C’est si peu et c’est pourtant si long… Quel trafic, quelle magie ? Qu’y pouvons-nous et qu’avons-nous fait pour cela ? Nous ne baignons que dans nos propres jours, insoucieux de la chute et des litres passés, de sang noir et de chair molle, qui ont nourri la terre, pour nos éveils, pour nos désirs. Arrachés à eux nous ne sommes que nous-mêmes, en lueur d’existence, en falot ballottage, contraints d’aspirer à une réussite qui nous égare. On nous enlève notre silence. Peu à peu on nous enlève notre voix. Pour quelle misère prochaine, pour quelle engeance affaiblie de naissance ? Pour quelle vie, ce monceau d’années, pacotille, sédiments. Pour quelle rare poignée d’espérance et de contemplation. Demain. Très loin demain. Après beaucoup de nous-mêmes. Tous ces morceaux de cœurs oublieux des sangs noirs qui ont taché la terre. Sans souvenance, avec le cri au corps et la réussite à l’âme. Sans vie pour ce que nous sommes. Sans mémoire dans le monde. Graine fossile qui polluera ce peu que nous étions encore.

 

 

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Dimanche 5 août 2007

 

J’ai la nostalgie de ce temps, patates exquises entre deux robes. Non. La nostalgie de ce temps, parcelles creuses, lumières éparses. La nostalgie de toi, fleurs coupées à la tige, baroque triomphant. J’ai le souvenir net, suspendu à la précision des images. Couchants, levers, la lourde tâche d’être mais dans le songe et la création, perpétuels amours, danses légères ; nous ne faisions, nous faisions, heures simples et renouvelées, parties d’or et de boue. J’ai rêvé longtemps à ces jours, j’ai désiré ces silences. Pour aider l’heure à se reproduire, pour que les miracles s’assemblent et forcent la porte des possibles. Ensemble, toujours, comme un seul corps dans une seule âme, au milieu de la vie. Rivages atteints puis laissés, marées hautes et marées basses, cycles connus du débordement et de l’attente, sources vivantes. Je me souviens du monde, pratique évolutive et bercée par le temps, panoplie avantageuse de l’ambition. La nostalgie se déroule, tous ces élans jetés vers demain, dans la conquête des moments inconnus, dévoration de masse, appétits. J’ai le souvenir vague, j’ai le souvenir doux. Mon âme, enfance déportée vers l’âge d’homme. Mon âme baigne au milieu de ses complaisances, plaisirs fabriqués, dressés au calme. Elle avance vers un passé d’images, de mondes en superposition, doubles décharges et silences animés. Mon cœur trouble, jeté plus loin, dans les désirs et les déceptions. Mon cœur conduit mes pas, mon corps au milieu des jours, dans les instants propices, dans les douleurs. Mon cœur absent de cette idiotie militaire, de ce chemin sans faille qui mène à demain. Mon cœur perdu dans les circonvolutions du temps, parti pour le long voyage des errances et des doutes.

 

J’ai la nostalgie vague de ton essence. Je te vois, j’ai la nostalgie vague des lumières, allumées puis éteintes. Appels encore, attentes, interminables attentes. Je porterai mon cœur vers d’autres miroirs, d’autres songes établis. Je n’aime pas boire l’eau du passé. Je m’offense et mon âme s’ouvre, avance, évolue, change. Je vais là où je vais. Je me porte aux rivages sinueux, près des eaux, près des orages. J’attends les magies constructives, océan clair et sombres détonations. Je les veux pour le songe et pour l’accompagnement. Je vais, cœur et âme, vers demain. Corps changeant.

 

 

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Jeudi 11 janvier 2007

 

 

J’absous.

Les rimes, les vers, les quatrains.

Les métaphores fatiguées. L’amour ranci par l’émotion facile.

J’absous.

Les mots adolescents, les images de bazar.

L’impudeur griffonnée et bancale. Les étoiles qui ont servi cette inspiration crue. Les cœurs blessés sont trop charmants, ne naviguant que sur l’air du dépit, des mots sales et usés.

J’absous.

Les douces vagues et la romantique mélancolie. Les cytises et le cinabre. Languide ardeur, destin funeste.

J’absous.

Les anthologies de la poésie. Les professeurs décadents. Les langages simplifiés, les symboles outranciers. Comme on peint le livide d’un or azuré.

J’absous.

Les soupirs chantants, sertis de lune et d’horizons solitaires. Les rages désespérées par les mots illustrées. Branlantes et circoncises. Les jeunes cœurs, les nobles âmes, la dissertation facile.

J’absous la poésie. Le leurre terrible qui la dévore. La musique qui la fait chanter. Les sauts de puce, les ambages. Sa carnation, ses muscles. La douleur qui l’occupe, l’amour qui la fait voler. Froufrous de bal et libations. Ses paysages mêlés, donnés en pâture aux pieux, aux preux, aux immondes. Carnavals soupirant, couleurs lavées.

J’absous pour faire de la place. J’absous pour recommencer. Ailleurs, sans la peur d’être à côté. Pour apprécier la poésie sans passer par la littérature. Pour pouvoir dire sans parler.

J’absous pour commencer. Pour laver.

Pour écrire.

J’absous.

 

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Jeudi 7 décembre 2006

 

Où partent les secrets, jetés à travers phrases, tombant des points comme des arbres ? Les miens, à la nuit, se tarissent. Ils me délaissent pour d’autres rivages. Ensoleillés. Je me rends, moi, à la facilité de l’ouvrage, qui déroule pas à pas son langage comme on sort un fruit de sa gangue pour le manger. Je consomme, je déraille. Je déroute. En d’autres termes et pour faire simple, je n’assure pas.

 

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Lundi 23 octobre 2006

 

Noire est la poussière de nos corps morts à l’ombre des étoiles. Noire de nuit et de boue, de fumée âcre, de terre, noire et bleue, trempée de pluie.

 

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Mardi 22 août 2006

 

Dans mon train, dans mon car, dans mon sac, dans mon ventre. Dans ma ville, dans mon œil, dans ma voix, dans mon cœur. Dans mon verre, dans mon bol. Dans mon champ, dans mon lit. Dans ma soupe.

 

Dans mon silence, dans mon absence, dans mes cheveux, dans ma maison. Dans mon désordre, dans mon sommeil, dans mes chaussures, dans mon salon. Dans mes yeux, dans mes mots. Dans mes caves, dans mes cachots. Dans mes mains.

 

Entre les doigts de tous ceux, dans les mots de chacun. Parombelliferrugineux.

 

Dans le couloir, à côté, dans le grenier, par ici. De l’autre côté de. Dans dans dans. Dans tous les sens, dans ma tente, dans mon cerveau, dans mon bain, dans mon pain. Dans son porridge, dans sa quête, dans ses noisettes, dans ses pommes. Un ver dansait. Dans ses chaussettes, dans ses rêves, dans ses armoires. Dans son thé. L’ironie du. Dans dedans, c’est fou. A l’intérieur, avec, tout au fond bien tassé. Dans.

 

 

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Samedi 22 juillet 2006

 

Je poésis. J’âme par l’onde. L’attribut fort des jours tapote en ma compagnie. Nous saisissons l’instant, ensemble et par mes mains jointes, nous sommes. Pétris, dans le lien serrés. Débordés sans cesse par le monde. Et par l’eau, dense et trouble de nos passés. Je verbe, soumise à l’écoulement infaillible du temps, denrée futile et sans valeur. Tremble au rythme des phrases, partageant l’heure avec le devoir. Dissoutes, balancées par le feu du remords, des silences mal aboutis. Déroute au terme du voyage.

 

Mal sans visage, musique errante et insidieuse, j’acte à nouveau, par le revers et détournant le seuil. J’arrache au terme pour mettre en tête, célébration, thébaïde. Joutes clownesques d’oppositions qui s’ignorent, jetées toutes dans la vie et promises et promues. Tombées ! Avant même d’avoir fait l’effort, d’avoir parcouru quelques sensations. Déchues sans même avoir servi. Décevante ardeur.

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Lundi 19 juin 2006

 

Je m’offre en vigilance. Je me poste aux postes et je donne du corps, je me trempe. D’abris en pétarades, d’absolus en modérations, j’illustre et j’abrutis, battue trop de fois par moi-même. Je m’étais donnée toute au bordel, lancée par les plaines et les vents, travestie pour échouer, rabattue de force sur le gibier facile, conquis d’un pied. Armes par l’aube, horizon net et dégarni, palettes intimes et peinturlurées. Des possibles étalés et pétris, trapus dans le noir de la nuit et déployés par tout le jour, emportés, lustrés, le bris de cette violence ouvrait des portes insoupçonnées. J’arquais, par tant de foi dissidente. Tant d’isthmes perdus, décorant par l’encre les cartes de voyage… Egarés sous tant d’âme, par de tels ravages. Egarés d’aptitude et de contrôle.

 

Je brise, je brise l’arbre à pensées, le tambour des résonances. J’anéantis le bruit des élans mesurés. Je reviens, martelant, parjure facile de ma déroute. Je reviens. J’ai le dos travaillé de courbures intenses mais je reviens, droite et fidèle. Les mots-sable, les mots-dragons. Je les porte en couronne et jusqu’à la déraison. D’amour et de haine, de désir batailleur et inquiet. Trames d’éternité qui me font me reluire sans me relire. Pour avancer plus vite, pour ne pas perdre la rame. Avancer, avancer. Ourdir à feu vif, à plumes rabattues. Travailler, tendre, détendre et ramasser. Vivre, vivre et s’écrier d’être. Allumés par le sang, tiraillés du dedans et en travers, par la peau remontés et par la gorge passant. Crachés à terre et noués au dessin de la route. Verve intarissable, qui ne se prêtera pas et qui ne s’arrêtera. Mots d’artifice et de décoration. Fortune et bon cœur, nausée vague et sans recours. Une quête infernale, un jeu sans règles. Un indispensable égarement.

 

 

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