Dimanche 27 janvier 2008

  "Si l'exercice du pouvoir présidentiel tend à s'identifier à une sorte de campagne électorale initerrompue, les critères d'une bonne communication politique obéissent de plus en plus à une rhétorique performative (les discours fabriquent des faits ou des situations) qui n'a plus pour objectif de transmettre  des informations ni d'éclairer des décisions, mais d'agir sur les émotions et les états d'âme des électeurs, considérés de plus en plus comme le public d'un spectacle. Et pour cela de proposer non plus un argumentaire et des programmes, mais des personnages et des récits, la mise en scène de la démocratie plutôt que son exercice.

        La capacité à structurer une vision politique non pas avec des arguments rationnels, mais en racontant des histoires, est devenue la clé de la conquête du pouvoir et de son exercice dans des sociétés hypermédiatisées, parcourues par des flux continuels de rumeurs, de fausses nouvelles, de manipulations. Ce n'est plus la pertinence qui donne à la parole publique son efficacité, mais la plausibilité, la capacité à emporter l'adhésion, à séduire, à tromper (comme le fameux slogan "Travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle française de 2007). Le succès d'une candidature ne dépend plus de la cohérence d'un programme économique et de la pertinence des solutions proposées, ni même d'une vision lucide des enjeux géostratégiques ou écologiques, mais de la capacité à mobiliser en sa faveur des grands courants d'audience et d'adhésion... Si l'art du roman constituait une forme d'énonciation paradoxale de la vérité qu'Aragon définissait comme un "mentir vrai", les spin doctors pratiquent le storytelling comme un art de la tromperie absolue, un "mentir faux" si l'on peut dire, une forme nouvelle de désinformation."

Christian SALMON, Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, p.136-137

 

par Exuvie publié dans : Politique
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Mercredi 13 juin 2007

 

Le coup de gueule de Royal intervient sur fond de crise du 20 heures.

 

« Claude Sérillon a été viré parce que son journal était tombé à 20 %. Celui de David Pujadas, lui, peine à dépasser les 16 %, et il est toujours là. » Le constat a beau être - sévère, il est à France 2 de plus en plus partagé. Au point que le coup de gueule de Royal arriverait presqu’à point nommé. Car règne en ce moment un climat de défiance à la rédaction de la Deux. Ce que confirment les syndicats et l’enquête menée par la société des journalistes (SDJ).

 

« La plupart des chefs de service sont démissionnaires. Il est de plus en plus difficile de travailler avec Pujadas. Et ne parlons même pas d’Arlette Chabot, la directrice de l’info. Ajoutez à cela des audiences catastrophiques - à l’image des JT - et vous aurez une idée du malaise ici, lâche un journaliste. Certes, l’access prime time ne nous aide pas. Mais le véritable souci, c’est le 20 heures. »

 

Alors que PPDA fait le double des scores de Pujadas, la boutade qui circule à TF1 selon laquelle « à France 2, à force de baisser, ils vont finir par trouver du pétrole », est en passe de devenir une réalité. Quoique, ce que déplorent les journalistes, c’est qu’à France 2, s’il n’y a jamais eu de pétrole, il y a de moins en moins d’idées. « Depuis des années, on a le cul entre deux chaises, déplore un journaliste. On se refuse à choisir entre faire un journal de référence et se contenter de singer la Une. Et encore, eux, au moins, ont fait des sujets sur la Tchétchénie... Résultat : on est à la ramasse. »

 

Et d’asséner : « Ce JT est à l’image de ceux qui sont aux manettes, Pujadas et Chabot. Eux croient dur comme fer que l’international et le social, ça fait fuir les téléspectateurs et que ce qui fait recette, ce sont les faits divers. » Comme le résume un journaliste dans le document de la SDJ baptisé « Urgences » : « On a affaire à une poignée d’alchimistes qui vit en vase clos à la recherche de la pierre philosophale capable de faire grimper l’audience. Mais la réalité montre que les chiffres baissent. »

 

Des « alchimistes » qui, comme le déplorent la CGT et le SNJ dans un courrier adressé à Patrick de Carolis, « depuis plusieurs mois, refusent presque systématiquement de répondre à la majorité des questions éditoriales posées ». Las, le président de France Télévisions n’a toujours pas répondu à cette missive. À sa décharge et à l’instar de la direction de l’information, en comité de groupe le 7 juin, il a gardé le silence sur, pêle-mêle, la pipolisation des soirées électorales, l’absence de débats, la couverture plus qu’élogieuse de l’investiture de Sarkozy ou la mise à l’écart en cette période de campagne de certains journalistes de la rubrique politique. Alors, pourquoi s’étonner quand Arlette Chabot, interrogée sur le coup de gueule de Royal, répond (à l’AFP et pas à l’Humanité malgré nos sollicitations) qu’en l’espèce France 2 avait « le sentiment d’être irréprochable » ?

 

Symbolique. Hier, la CGT de France 2 a sorti un tract au titre éloquent : « Les meilleurs alliés de l’État Sarko : les médias. » Un constat qui rejoint celui des téléspectateurs. Si le nombre de courriers est retombé depuis la présidentielle, le coup de gueule de Royal pourrait les relancer. Leur tonalité est, en tout cas, des plus instructives : 60 % d’entre eux reprochent au service public d’être pro-Sarkozy.

 

Sébastien Homer

 

http://www.humanite.fr/journal/2007-06-13/2007-06-13-852904

 

 

 

par Exuvie publié dans : Politique
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Samedi 2 juin 2007

 

« La liste, très courte, des conseillers de notre nouveau président de la République comporte un nom qui mériterait quelques explications: celui du généticien Arnold Munnich. A l'Elysée, on se refuse à tout commentaire "tant que son rôle n'aura pas été précisé au Journal officiel". Sa nomination en tant que "conseiller de la présidence de la République" a pourtant été publiée au JO le 17 mai.

 

L’homme est professeur à l’université René-Descartes, meumbre de l’Académie des sciences et dirige l’unité Inserm “Handicaps génétiques de l’enfant” à l’hôpital Necker-Enfants malades. Son équipe a découvert une vingtaine de gènes responsables de maladies héréditaires graves et incurables : achondroplasie (nanisme), amyotrophie spinale infantile (neuromusculaire), maladie de Hirschprung (intestin), maladie de Stargardt (rétine)...

 

Chacun garde en mémoire les propos controversé de Nicolas Sarkozy sur le rôle de la génétique dans les comportements humains. Notamment cette phrase terrible, lâchée lors d’un entretien avec le philosophe Michel Onfray, par le candidat : "J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile..." Son entourage tenta de noyer le poisson en justifiant le propos par la volonté du futur président de "lancer le débat".

 

Rien, dans les propos passés d'Arnold Munnich, n'a de quoi choquer. Ni cette conférence, ni même ses réponses au cours de cette émission du 11 avril 2007 sur LCI, postérieure à la révélation des propos du candidat Sarkozy sur le caractère héréditaire de la pédophilie et du suicide.

 

Mais sa nomination est, en soi, un message qui mérite discussion : pour la première fois de son histoire, la présidence de la République enrôle un conseiller en génétique, alors qu'elle se passe fort bien de conseil officiel pour l'informatique ou la climatologie. »

Par Pierre Vandeginste (Journaliste scientifique), le

 

http://rue89.com/2007/05/31/un-geneticien-a-lelysee

 

 

par Exuvie publié dans : Politique
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