
La route est noire. J’entends sa course. Je respecte sa déformation et je m’engage, vivante. Je parcours les os broyés, le choc des angles soumis à la forme. Je me donne à la force du voyage, au caractère de la source. J’adopte, l’ironie j’adopte, la joie je professe, le serment d’être en terre avec la terre, et toujours reconnaissable, fidèle au corps et au mouvement. Je navigue au rythme, dans le son de l’image. Riche d’une cohérence profonde, et d’un bien, partageable sous condition, multiplié dans le désir. Je marche à la rencontre de moi-même, je me taille un reflet à la mesure de mes différences, à vif dans le gras superflu du verbe.
L’accident de la route ne se révèle pas, il fait corps avec le montant même de sa matière. Noir est le heurt, d’attente en attente et brimé par le devoir de rebondir. La voie de l’échec louvoie, s’isole des courses et des parcours. Nous n’avons guère le choix, prendre la route, noire et cassante, dure et sèche. Et nous avons le choix… Par notre marche de l’ameublir et d’y bâtir les nobles paysages, dragues de songes et de désirs. La paix sur l’âge, dans le lointain de la quête. A l’autre bout du voyage, aux sources d’un temps sans limites.
La route est noire. Empruntons-la.