
J’ai la nostalgie de ce temps, patates exquises entre deux robes. Non. La nostalgie de ce temps, parcelles creuses, lumières éparses. La nostalgie de toi, fleurs coupées à la tige, baroque triomphant. J’ai le souvenir net, suspendu à la précision des images. Couchants, levers, la lourde tâche d’être mais dans le songe et la création, perpétuels amours, danses légères ; nous ne faisions, nous faisions, heures simples et renouvelées, parties d’or et de boue. J’ai rêvé longtemps à ces jours, j’ai désiré ces silences. Pour aider l’heure à se reproduire, pour que les miracles s’assemblent et forcent la porte des possibles. Ensemble, toujours, comme un seul corps dans une seule âme, au milieu de la vie. Rivages atteints puis laissés, marées hautes et marées basses, cycles connus du débordement et de l’attente, sources vivantes. Je me souviens du monde, pratique évolutive et bercée par le temps, panoplie avantageuse de l’ambition. La nostalgie se déroule, tous ces élans jetés vers demain, dans la conquête des moments inconnus, dévoration de masse, appétits. J’ai le souvenir vague, j’ai le souvenir doux. Mon âme, enfance déportée vers l’âge d’homme. Mon âme baigne au milieu de ses complaisances, plaisirs fabriqués, dressés au calme. Elle avance vers un passé d’images, de mondes en superposition, doubles décharges et silences animés. Mon cœur trouble, jeté plus loin, dans les désirs et les déceptions. Mon cœur conduit mes pas, mon corps au milieu des jours, dans les instants propices, dans les douleurs. Mon cœur absent de cette idiotie militaire, de ce chemin sans faille qui mène à demain. Mon cœur perdu dans les circonvolutions du temps, parti pour le long voyage des errances et des doutes.
J’ai la nostalgie vague de ton essence. Je te vois, j’ai la nostalgie vague des lumières, allumées puis éteintes. Appels encore, attentes, interminables attentes. Je porterai mon cœur vers d’autres miroirs, d’autres songes établis. Je n’aime pas boire l’eau du passé. Je m’offense et mon âme s’ouvre, avance, évolue, change. Je vais là où je vais. Je me porte aux rivages sinueux, près des eaux, près des orages. J’attends les magies constructives, océan clair et sombres détonations. Je les veux pour le songe et pour l’accompagnement. Je vais, cœur et âme, vers demain. Corps changeant.
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