
Le coup de gueule de Royal intervient sur fond de crise du 20 heures.
« Claude Sérillon a été viré parce que son journal était tombé à 20 %. Celui de David Pujadas, lui, peine à dépasser les 16 %, et il est toujours là. » Le constat a beau être - sévère, il est à France 2 de plus en plus partagé. Au point que le coup de gueule de Royal arriverait presqu’à point nommé. Car règne en ce moment un climat de défiance à la rédaction de la Deux. Ce que confirment les syndicats et l’enquête menée par la société des journalistes (SDJ).
« La plupart des chefs de service sont démissionnaires. Il est de plus en plus difficile de travailler avec Pujadas. Et ne parlons même pas d’Arlette Chabot, la directrice de l’info. Ajoutez à cela des audiences catastrophiques - à l’image des JT - et vous aurez une idée du malaise ici, lâche un journaliste. Certes, l’access prime time ne nous aide pas. Mais le véritable souci, c’est le 20 heures. »
Alors que PPDA fait le double des scores de Pujadas, la boutade qui circule à TF1 selon laquelle « à France 2, à force de baisser, ils vont finir par trouver du pétrole », est en passe de devenir une réalité. Quoique, ce que déplorent les journalistes, c’est qu’à France 2, s’il n’y a jamais eu de pétrole, il y a de moins en moins d’idées. « Depuis des années, on a le cul entre deux chaises, déplore un journaliste. On se refuse à choisir entre faire un journal de référence et se contenter de singer la Une. Et encore, eux, au moins, ont fait des sujets sur la Tchétchénie... Résultat : on est à la ramasse. »
Et d’asséner : « Ce JT est à l’image de ceux qui sont aux manettes, Pujadas et Chabot. Eux croient dur comme fer que l’international et le social, ça fait fuir les téléspectateurs et que ce qui fait recette, ce sont les faits divers. » Comme le résume un journaliste dans le document de la SDJ baptisé « Urgences » : « On a affaire à une poignée d’alchimistes qui vit en vase clos à la recherche de la pierre philosophale capable de faire grimper l’audience. Mais la réalité montre que les chiffres baissent. »
Des « alchimistes » qui, comme le déplorent la CGT et le SNJ dans un courrier adressé à Patrick de Carolis, « depuis plusieurs mois, refusent presque systématiquement de répondre à la majorité des questions éditoriales posées ». Las, le président de France Télévisions n’a toujours pas répondu à cette missive. À sa décharge et à l’instar de la direction de l’information, en comité de groupe le 7 juin, il a gardé le silence sur, pêle-mêle, la pipolisation des soirées électorales, l’absence de débats, la couverture plus qu’élogieuse de l’investiture de Sarkozy ou la mise à l’écart en cette période de campagne de certains journalistes de la rubrique politique. Alors, pourquoi s’étonner quand Arlette Chabot, interrogée sur le coup de gueule de Royal, répond (à l’AFP et pas à l’Humanité malgré nos sollicitations) qu’en l’espèce France 2 avait « le sentiment d’être irréprochable » ?
Symbolique. Hier, la CGT de France 2 a sorti un tract au titre éloquent : « Les meilleurs alliés de l’État Sarko : les médias. » Un constat qui rejoint celui des téléspectateurs. Si le nombre de courriers est retombé depuis la présidentielle, le coup de gueule de Royal pourrait les relancer. Leur tonalité est, en tout cas, des plus instructives : 60 % d’entre eux reprochent au service public d’être pro-Sarkozy.
Sébastien Homer
http://www.humanite.fr/journal/2007-06-13/2007-06-13-852904