Jeudi 11 janvier 2007

 

 

J’absous.

Les rimes, les vers, les quatrains.

Les métaphores fatiguées. L’amour ranci par l’émotion facile.

J’absous.

Les mots adolescents, les images de bazar.

L’impudeur griffonnée et bancale. Les étoiles qui ont servi cette inspiration crue. Les cœurs blessés sont trop charmants, ne naviguant que sur l’air du dépit, des mots sales et usés.

J’absous.

Les douces vagues et la romantique mélancolie. Les cytises et le cinabre. Languide ardeur, destin funeste.

J’absous.

Les anthologies de la poésie. Les professeurs décadents. Les langages simplifiés, les symboles outranciers. Comme on peint le livide d’un or azuré.

J’absous.

Les soupirs chantants, sertis de lune et d’horizons solitaires. Les rages désespérées par les mots illustrées. Branlantes et circoncises. Les jeunes cœurs, les nobles âmes, la dissertation facile.

J’absous la poésie. Le leurre terrible qui la dévore. La musique qui la fait chanter. Les sauts de puce, les ambages. Sa carnation, ses muscles. La douleur qui l’occupe, l’amour qui la fait voler. Froufrous de bal et libations. Ses paysages mêlés, donnés en pâture aux pieux, aux preux, aux immondes. Carnavals soupirant, couleurs lavées.

J’absous pour faire de la place. J’absous pour recommencer. Ailleurs, sans la peur d’être à côté. Pour apprécier la poésie sans passer par la littérature. Pour pouvoir dire sans parler.

J’absous pour commencer. Pour laver.

Pour écrire.

J’absous.

 

par Exuvie publié dans : textes
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