
« Vous me trouverez peut-être haineux mais j’ai tellement aimé et je continue même à aimer tellement que je suis obligé de me défendre. C’est l’amour fou.
(…)
Je me défends, c’est tout.
Pour le reste j’élève ma toute petite voix de souris – Ajar, ça veut dire « souris » en hongro-finnois – j’élève ma toute petite voix uniquement pour hurler que j’ai peur et qu’il faut avoir encore plus peur que la peur et que la peur en 1976 est, comme elle l’a toujours été, mais jamais à ce point, la seule authenticité absolue, profonde, universelle, fraternelle, et qu’au moment où j’écris ces lignes les cheveux se dressent sur la tête à l’idée que je suis assis sur une chaise et que personne, personne ne peut être sûr qu’une chaise n’est pas un agent pseudo-pseudo chargé de la plus angoissante conspiration qui soit : celle de prêter à tout ce qui vous entoure un aspect rassurant, quotidien, familier. »
Romain Gary, Pseudo