Dimanche 30 avril 2006

 

En ma tour ébranlée une tour ébranlée, un autre rêve qu’aucune âme. Une autre vie que je. En ma vie même, et par ma vie menée. Je

 

Prends le taureau par les cornes. Je prends ce que je peux. Danseuses et diodes, je me conduis, mal, bien, puis je me fais mener. Chemins, tracasse. Fariboles et ferraille, par les mots, souveraine, et sans aucun report. J’hâte, pour connaître la chute. Je les fais tendre vers. Trajets, tumultes à côté de. Vraiment, je me laisse faire. Une autre vie que la mienne, par les mots qui me mènent. Exaltation sans doute, arythmée en tout genre, flacons. J’échantillonne à revers, après eux, sur mon passage. Je cherche les troubles, les ressemblances. Brumeux, les fils, mystérieux. Troubles les ondes qui les relient. Par moi qui les suis, en simple candidate. Famille tressée, jeunes, affables et vieux. Je dicte sans mémoire, j’entreprends l’âge d’un autre temps que le mien. Divin, par mon corps l’étendue, sur une voie que j’ignore. J’ignore tout, toujours je formule avant de savoir. Cessions courtes, vérités pantelantes, fiction par la droite. Je me plie, à gauche, au réservoir des sens. Guides émiettés à la recherche d’une direction, d’un parcours. Peu importe le sinueux, j’avance, par eux lancée sur tout, partout, à la recherche dépassée. Je viens après leur passage, ramasse un pieu, un point. Adresse un mot, m’adresse aux mots, agissante. Vraiment je ne suis pour eux, qu’un silence. Par moi touchés.

 

Le vivant propre, proprement vif, tend vers demain. Regarde ailleurs, plus loin et plus vaste, et s’agrandit. S’étend encore, se multiplie, sans bornes recommence. La vie par la vie faite, engendrée d’elle-même et pour elle, s’ouvre, s’ouvre et se meut. Les mots naissent de par elle, pour eux et pour elle, les mots s’envoient au hasard, à la rencontre d’autres hasards. Appliqués dans la diversité, conscients de leurs promesses. Versatiles un jour pour une nuit d’automate. Sanglés en amont pour une liberté totale de chute. Voyage insignifiant de signifiants. Menant des barques. Agiles dans les dérapages. Sorciers.

 

En ma tour ébranlée, lancée sur le chemin, je les suis. Hors de moi-même et par ma vie menée. Je les suis dans la phrase, encore plus loin que le sens. Je les sens dépasser, fendre. Habités. Je me bats contre l’ange, contre l’âge, contre l’ange, contre l’âme. Sens et signification. Je me débats avec Facilité et Mensonge, attentive, emportée. La vie large, je la vois, des mots portés de part et d’autre de son dos, sculptés par la nécessité. D’Etre et de faire. Je les vois, par eux portée, dense à côté de toute chose. J’emporte dans mon sillage, les sauts que j’ai vus. Je restitue, transportée, les sons que je peux. Mots jetés, par devers moi et en dedans. Si simplement vêtus, venus, disponibles.

 

J’écris par eux, en leur terre transposée. J’assimile, ogre, je récupère, pieuse. Dangers de route balisée, réglementation nette. J’évite, je contourne, conduite par une logique sensitive, les sons tracés, pré-inscrits dans le vocabulaire. J’erre, entière et succombée, en ma vie même, par la vie habitée. En ma tour, au-delà. Sources inépuisables. Travail sacré.

 

J’écris les mots de ma quête. Je me retourne et par eux je me vois, être.

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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Vendredi 28 avril 2006

 

« Puis elle se tint debout devant lui, comme l’autre jour auprès de sa maison, plus petite que lui, baissant un peu le front avec pudeur ; mais, dans cette face baissée, les yeux qui de bas en haut le regardaient sans ciller, vraiment plantés dans les siens. Un inoubliable regard de droiture, à vous en arracher un cri. Un inoubliable désaccord, c’est-à-dire accord, de sa tête abaissée et comme soumise, avec ce regard d’une franchise presque provocante de fierté. Elle ne cherchait pas plus haut que ce visage qui était devant elle ; son univers s’arrêtait là. »

Montherlant, Les Jeunes Filles

 

par Exuvie publié dans : Citations
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Mercredi 26 avril 2006

C’est drôle. J’erre, de blog en blog j’erre. De liane en liane pourrait-on dire tant cela ressemble à une jungle. Je rebondis sur les propos d’une X qui me mènent aux conseils beauté d’une Y qui me portent jusqu’à de délicieuses photos de petits bonshommes escaladant des Paris-Brest. De sente en sente, de dérive en dérive je me retrouve en terre inconnue, paumée. En gros et pour faire simple, je suis perdue. Fourvoyée ? Que non, n’employons pas les mots des autres mais égarée, oui, tout simplement égarée.

J’aime. De quoi me plains-je ? Me perdre j’aime et c’est bien agréable. Pom po po pom.

Mais quand la nuit tombe… Oui, à la nuit tombée, que n’est-ce qui se passe ? A par où que je vais ? Et c’est là tout le problème. On erre, on s’amuse, on papillonne et quand la nuit tombe, y a personne pour nous repêcher. Pourtant j’en ai vu des blog, j’en ai vu des petites maisons au bord de l’eau, des grottes au fond des bois… J’en ai vu mais rien ne me retient jamais, ça ne m’arrête pas. Je cherche (faut dire aussi, quelle idiote…) je cherche un endroit qui soit quelqu’un, qui soit étrange et qui lui ressemble. Etrange… ou plutôt étranger. Comme tombé là par erreur peut-être. Je cherche quelqu’un… d’étranger au monde, qui parle avec des mots étranges et dans un univers étrange et unique, où l’on sente l’unicité à plein nez. J’en ai marre, même si souvent c’est bien dit, des rabâchages de culture, des lu, vu et entendu. Je n’en peux plus parfois de l’avis des autres et de ces décalcomanies du monde réel. C’est assommant. Oh je sais très bien jouer les intéressées quand il faut, pour me divertir de moi-même, mais je m’en lasse à deux cents à l’heure, tellement vite que je grille tous les radars.

C’est lassant mais je continue de chercher, je continue de me perdre. J’aimerais, un jour que la lumière faiblit, alors que je sens que je vais encore me perdre je ne sais où, tomber chez quelqu’un qui me donne envie de rester dormir… Me poser là comme un papillon sur une branche et respirer l’Inconnu de tout mon être éveillé. Mmmmm, ça serait doux. Ça serait un peu comme être tombé du nid et aussitôt envolé, guidé par l’instinct. Je trouverai.

 

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Dimanche 23 avril 2006

 

L’écriture. Comme une route prise après le carrefour. Celle-ci parce qu’elle semble nous appartenir, elle nous ressemble dans l’inconnu ; celle-ci plutôt qu’une autre, toutes celles qui partent et se perdent dans le silence, dans le lointain et qui portent des paysages qui indiffèrent. Celle-ci.

L’écriture seule ; perdue au milieu du décor avec des sables qui s’effacent, des ombres définitives. La route comme une seconde peau, un habit habité, de sang et d’os, un corps entier moulé sur notre propre corps. Indissociable.

J’ai envie de riz cantonais. Tout un monde. Des élans.

L’écriture comme une voix mélangée, tissée de bavardages célèbres et de sonorités familières ; crabes-auteurs en toile d’araignée, cellules vivantes et qui s’animent naturellement. Vers l’inconnu et vers le connu. Vers les eaux sourdes de l’émergence et du mouvement. Exultation, sommeil, états de première nécessité, désirs creux, volontés pleines ; ramifications simples. Une route après le carrefour. Un choix essentiel, un voyage écrit par le secret.

Au commencement, il y avait déjà tout.

 

 

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Jeudi 20 avril 2006

 

J’hypocrite, je sanctifie. J’égoïstement votre. J’alourdis ma facture en ombres résonances. Je suppute, avertie, je suppose, contrainte. Je demeure, toujours en attente, je demeure, hors d’atteinte. Le silence rôde, j’insiste. J’ouvre ma cheminée, je m’étends en poussière. L’accueil est froid, les nuits sont noires. Complètes.  

 

J’imagine. A bras coupés. Les trahisons, les heurts. J’éternité par le quart, par un peu seulement de ce que je sais faire. Je, encore, d’idéaux fuis, d’années coupées, d’assommés vains et d’amours lasses. Je, toujours, par la crosse et par le gibet, croyant au feu, baignant les armes. Tirée vers un avenir dénié, falsifications nettes. J’hyperbole en désuétude, j’apostolique en perpétuel. La verve tendue et le cœur trouble. A tâtons, pied à pied, liée. La grandeur veille, toute au-dehors, au nom des marbres et sur le papier. Il faut tenir ; encore un jour, pour que demain. Viendront les tords, assourdissants. Brumeux par l’os et jusqu’au sang. J’abrupte. Par colonies entières. J’apologie, de paroxysmes en paroxysmes. La langue est dans la fièvre, les désirs sinueux. L’ordre escompté, tambours rebelles que mon âge engourdit. Toujours. Toujours battants, poussés au vif de leur tirade. Radicaux libres et libérés, son en forme d’image. J’apitoie fort, je carbonise. Pour un peu l’âtre où ne siège pas. Demain jadis, jamais pourquoi. Assez de fleurs et au hasard. Tomberont. Sans être, pour être, pour n’être pas. Le choix m’arrête à deux carrefours, j’ai l’oubli juste et démesuré. Je prendrais quatre pains, j’en jetterais cinq. J’abolirais les cravates. J’avion les angles, apesanteur, les chromosomes en déroute. Affublée seule d’une joie terrible.  

 

J’ordre.

 

Je me remets en place, entre le songe et le serment.  

 

J’éternise. Je percute. Je jeu. Ensuite, et tout se dédouble. Les mots ont le plat de leurs certitudes. Je ne déroute ni ne reprends. Un verbe au milieu du paysage.  

 

C’est tout ce que c’est. Ça ne s’enlise. La fumée prend ce qu’elle peut, abroge un air au passage. C’est tout ce que je. En vain langage. Année sur année surannées. Attenté par la prose. Au pied du mot sans le point. Désordre sans carnaval, sans royaume.  

 

J’atermoie mon élan, je bute sur les portes closes. Je n’entends que le cor du corps. Du texte, encore en forme et bien ordonné. Agencé sage et calculé. Je bute, grammatical. Je bute, adjectivé. Je n’arrive pas à dépasser le mirage.  

 

Je n’arrive qu’à la fin. Avant le dernier point.  

 

Point. 

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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Vendredi 14 avril 2006

 

« La faiblesse a toujours vécu d’imagination. La force n’a jamais rien inventé, parce qu’elle croit se suffire. C’est toujours la faiblesse qui a du génie. Les ténèbres ont dû faire une drôle de tête, lorsque l’homme pour la première fois leur a foutu le feu à la gueule. »

 Romain Gary, Clair de Femme

 

Bon, c'est pas le tout de rigoler mais moi, je pars en week-end, hein. Je vais chasser d'autres mots, pour les servir sur des plateaux d'argent. Ou bien les malaxer, les prendre et en faire des pâtés qui ne ressembleront qu'à moi. Si si, c'est possible ! Avec un peu de foi...

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Mercredi 12 avril 2006

"Je ne sais où, - c’était un lieu mobile dans le temps, - j’ai traversé de grands espaces, fournis de formes animées.

J’étais dans la clarté, dans les ténèbres. Je marchais. Je voyais. J’entendais. J’interrogeais ce monde inconnu et fragile, traversé de prodiges, de points brillants accrochés au silence, de grondements obscurs, de passages irrités. J’oscillais entre l’horreur et la joie, car tantôt mes regards se heurtaient à des murs, tantôt mes pas heureux se posaient sur de riants abîmes.

  

J’aimais ces lueurs vertes, ces taches d’ombre qui dansent dans le jour, en même temps que parvient jusqu’à nous le frôlement d’un souffle, accompagné de cris fugitifs et paisibles. C’est alors que chacun renonce à émouvoir ce Masque étranger, aux paupières mi-closes, suspendu très haut sur nos fronts, qui nous observe et se tait. L’heure passe et il semble que toute la souffrance de ce séjour à la dérive veuille se racheter par l’innocence d’un instant… 

 

Mais c’est en vain ! La cruauté couve au cœur de l’oubli. Des menaces rougeoient. L’étendue s’embrase, s’adresse à elle-même des reproches assourdissants. Des lueurs brèves ! Des ordres venus de très loin ! Le sol tremble. Un froid liquide parcouru de flammes violettes engloutit notre frêle horizon. Dites ! Quel crime ai-je commis ? Qui m’a condamné ? Quels supplices m’attendent ?...

 

Mais à qui donc s’adressent nos questions, si ce n’est à nous-mêmes ? Quand verrons-nous enfin, dans le fracas d’une soudaine réconciliation, apparaître au fond de l’azur, au-delà de toutes les cimes et de tous les siècles, notre propre Visage, où veille un ancien sourire à demi effacé ?     

     D’autres que moi diront quel est ce lieu où j’ai vécu, près des sources murées, des édifices détruits, des voix errant sans écho, entre le feu et la cendre, entre mémoire et avenir."

Jean Tardieu, la Part de l'Ombre

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Mardi 11 avril 2006

 

La critique, c’est vraiment pas mon truc. Dire ce que j’ai aimé et pourquoi ; ce que j’ai détesté et parce que. Je reste muette. Pourtant j’ai de beaux mots, je les aime et je les chéris. Mais rien à faire, ils ne se plient pas à l’esprit critique, ça les emmerde. Oh ça ne me chiffonne pas chez les autres, je suis contente qu’ils s’y adonnent. Dire du bien de ce qu’on a aimé c’est pas mal ! Je suis assez pour et complètement, même. Et je le vis sans cesse, je suis une excitée folle de ce que j’ai aimé. Mais ça ne ressemblera jamais à du journalisme, à de la prose de magazine, et ça n’est pas péjoratif quand je dis ça… J’écris… autre chose. D’autres mots, les miens propres avec des paysages autour. La vie est un grand paysage. Les livres et les autres découvertes ne sont que des éléments du décor, des amis chers et des objets fétiches. Je les dresse, à bras le corps, je les malaxe et j’en fais du langage. Je suis tout ce que j’ai lu, je suis tout ce que j’ai vu. C’est bien la seule chose dont je sois capable ; d’Etre.

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Lundi 10 avril 2006

 

J’écris, à l’intérieur j’écris. A l’extérieur je vis et les jours passent, inéluctables. A l’intérieur les mots, silences ponctués de lumières éteintes, ravins clairs, sources profondes. Les parois se chiffonnent, entre le dedans et le dehors, les devoirs se mélangent et parfois se confondent. Il faut, je ne sais plus parfois ce qu’il faut. A l’intérieur écrire et à l’extérieur vivre. Je fais l’inverse, j’ignore ce qu’il faut, dans le devoir d’être et de conjuguer. Je mélange. Je dresse un pas, je dresse un mot, j’avance en poussant les vocables, les uns derrière les autres, je les marche, je les envoie sur le chemin à ma place. Je vis à l’intérieur et eux écrivent au-dehors, dans le jour. On échange. Je soigne mes points, mes consonnes, je travaille mes échafaudages. Ils gagnent le pain, manoeuvrent et font le cinéma. Les frontières sont lisibles, les frontières sont risibles. Ça passe d’un côté sans se perdre de l’autre, ou bien si, je ne sais pas, les frontières sont risibles.

 

 

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Mercredi 5 avril 2006

C’est drôle comme on comprend parfois, au premier regard, qu’un livre aura une place capitale dans nos émotions. On l’ouvre, on lit une phrase, on le feuillette, on lit une phrase et on sent l’excitation qui monte, la hâte de se retrouver face à lui, bientôt, bientôt. Certains livres, en quelques mots pêchés au hasard, répondent si intimement à des questions non posées mais latentes, qu’on les sent déjà faire partie de la famille, sans même en avoir commencé la lecture. Vie secrète, de Pascal Quignard me fait ce troublant effet. Je l’ouvre et je me sens chez moi, quelque part dans l’évidence de la vie, dans la nuée de mon propre langage. « Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. Ma vie dans le silence. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans le ciel. » Par ces mots je m’enfonce, en moi-même en même temps que dans le livre. Je pars. Pourtant, je ne bouge pas. J’y suis. J’y resterai toujours.

 

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