Mercredi 26 avril 2006

C’est drôle. J’erre, de blog en blog j’erre. De liane en liane pourrait-on dire tant cela ressemble à une jungle. Je rebondis sur les propos d’une X qui me mènent aux conseils beauté d’une Y qui me portent jusqu’à de délicieuses photos de petits bonshommes escaladant des Paris-Brest. De sente en sente, de dérive en dérive je me retrouve en terre inconnue, paumée. En gros et pour faire simple, je suis perdue. Fourvoyée ? Que non, n’employons pas les mots des autres mais égarée, oui, tout simplement égarée.

J’aime. De quoi me plains-je ? Me perdre j’aime et c’est bien agréable. Pom po po pom.

Mais quand la nuit tombe… Oui, à la nuit tombée, que n’est-ce qui se passe ? A par où que je vais ? Et c’est là tout le problème. On erre, on s’amuse, on papillonne et quand la nuit tombe, y a personne pour nous repêcher. Pourtant j’en ai vu des blog, j’en ai vu des petites maisons au bord de l’eau, des grottes au fond des bois… J’en ai vu mais rien ne me retient jamais, ça ne m’arrête pas. Je cherche (faut dire aussi, quelle idiote…) je cherche un endroit qui soit quelqu’un, qui soit étrange et qui lui ressemble. Etrange… ou plutôt étranger. Comme tombé là par erreur peut-être. Je cherche quelqu’un… d’étranger au monde, qui parle avec des mots étranges et dans un univers étrange et unique, où l’on sente l’unicité à plein nez. J’en ai marre, même si souvent c’est bien dit, des rabâchages de culture, des lu, vu et entendu. Je n’en peux plus parfois de l’avis des autres et de ces décalcomanies du monde réel. C’est assommant. Oh je sais très bien jouer les intéressées quand il faut, pour me divertir de moi-même, mais je m’en lasse à deux cents à l’heure, tellement vite que je grille tous les radars.

C’est lassant mais je continue de chercher, je continue de me perdre. J’aimerais, un jour que la lumière faiblit, alors que je sens que je vais encore me perdre je ne sais où, tomber chez quelqu’un qui me donne envie de rester dormir… Me poser là comme un papillon sur une branche et respirer l’Inconnu de tout mon être éveillé. Mmmmm, ça serait doux. Ça serait un peu comme être tombé du nid et aussitôt envolé, guidé par l’instinct. Je trouverai.

 

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Dimanche 23 avril 2006

 

L’écriture. Comme une route prise après le carrefour. Celle-ci parce qu’elle semble nous appartenir, elle nous ressemble dans l’inconnu ; celle-ci plutôt qu’une autre, toutes celles qui partent et se perdent dans le silence, dans le lointain et qui portent des paysages qui indiffèrent. Celle-ci.

L’écriture seule ; perdue au milieu du décor avec des sables qui s’effacent, des ombres définitives. La route comme une seconde peau, un habit habité, de sang et d’os, un corps entier moulé sur notre propre corps. Indissociable.

J’ai envie de riz cantonais. Tout un monde. Des élans.

L’écriture comme une voix mélangée, tissée de bavardages célèbres et de sonorités familières ; crabes-auteurs en toile d’araignée, cellules vivantes et qui s’animent naturellement. Vers l’inconnu et vers le connu. Vers les eaux sourdes de l’émergence et du mouvement. Exultation, sommeil, états de première nécessité, désirs creux, volontés pleines ; ramifications simples. Une route après le carrefour. Un choix essentiel, un voyage écrit par le secret.

Au commencement, il y avait déjà tout.

 

 

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Vendredi 14 avril 2006

 

« La faiblesse a toujours vécu d’imagination. La force n’a jamais rien inventé, parce qu’elle croit se suffire. C’est toujours la faiblesse qui a du génie. Les ténèbres ont dû faire une drôle de tête, lorsque l’homme pour la première fois leur a foutu le feu à la gueule. »

 Romain Gary, Clair de Femme

 

Bon, c'est pas le tout de rigoler mais moi, je pars en week-end, hein. Je vais chasser d'autres mots, pour les servir sur des plateaux d'argent. Ou bien les malaxer, les prendre et en faire des pâtés qui ne ressembleront qu'à moi. Si si, c'est possible ! Avec un peu de foi...

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Mardi 11 avril 2006

 

La critique, c’est vraiment pas mon truc. Dire ce que j’ai aimé et pourquoi ; ce que j’ai détesté et parce que. Je reste muette. Pourtant j’ai de beaux mots, je les aime et je les chéris. Mais rien à faire, ils ne se plient pas à l’esprit critique, ça les emmerde. Oh ça ne me chiffonne pas chez les autres, je suis contente qu’ils s’y adonnent. Dire du bien de ce qu’on a aimé c’est pas mal ! Je suis assez pour et complètement, même. Et je le vis sans cesse, je suis une excitée folle de ce que j’ai aimé. Mais ça ne ressemblera jamais à du journalisme, à de la prose de magazine, et ça n’est pas péjoratif quand je dis ça… J’écris… autre chose. D’autres mots, les miens propres avec des paysages autour. La vie est un grand paysage. Les livres et les autres découvertes ne sont que des éléments du décor, des amis chers et des objets fétiches. Je les dresse, à bras le corps, je les malaxe et j’en fais du langage. Je suis tout ce que j’ai lu, je suis tout ce que j’ai vu. C’est bien la seule chose dont je sois capable ; d’Etre.

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Mercredi 5 avril 2006

C’est drôle comme on comprend parfois, au premier regard, qu’un livre aura une place capitale dans nos émotions. On l’ouvre, on lit une phrase, on le feuillette, on lit une phrase et on sent l’excitation qui monte, la hâte de se retrouver face à lui, bientôt, bientôt. Certains livres, en quelques mots pêchés au hasard, répondent si intimement à des questions non posées mais latentes, qu’on les sent déjà faire partie de la famille, sans même en avoir commencé la lecture. Vie secrète, de Pascal Quignard me fait ce troublant effet. Je l’ouvre et je me sens chez moi, quelque part dans l’évidence de la vie, dans la nuée de mon propre langage. « Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. Ma vie dans le silence. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans le ciel. » Par ces mots je m’enfonce, en moi-même en même temps que dans le livre. Je pars. Pourtant, je ne bouge pas. J’y suis. J’y resterai toujours.

 

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Dimanche 2 avril 2006

 

Faire bien, au fond, ce n’est rien. C’est faire qui est important. Oh pas de grandes choses mais celles que l’on sent. J’ai les ratures en travers de la gorge, les élans composés et déliés plus loin, laissés à l’abandon. J’ai le bourdon des jours pas assez longs, comme une excuse sans cesse renouvelée. Ne rien faire de ce que l’on sent, se laisser manger par les petites activités, comme une bête, comme un corps vide.

Ce blog, c’est bien. Ce blog, c’est rien, c’est bien. Je ne sais pas de quoi j’ai peur, c’est tellement rien. Ah ah, je m’en ris, j’en rigole, je m’esclaffe. Je m’abrutis de savoir qu’il faut lâcher la bride, allez, lâcher du lest, allez, se laisser faire. Je le sais, c’est un secret entre moi et moi, ça me fait rire.

Il y a tant de blogs insupportables… C’est ça qui m’effraie. Tant de misère, de lutte, d’envie d’Etre. Il y a tant de pensées molles, abruties par des vies subies. Ça se sent, ça se voit, ça se respire partout. Ça me fait peur. J’ai peur toute seule, j’ai peur pour les autres, je le dis comme je le confesserais à un ours en peluche ; ici comme dans un journal, ce n’est pourtant pas ça que j’ai voulu. Mais bizarrement, il y a de l’indécence à faire autre chose. Tricoter de la littérature et venir l’étaler ici, je ne sais pas si c’est nécessaire.

J’ai peur pour les autres. Ils me font peur d’avoir peur pour les mauvaises choses.

Je viens le dire ici, pour l’instant c’est le seul endroit que j’ai trouvé.

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Mardi 28 mars 2006

« Quand on regarde vraiment quelqu’un, on est devant lui comme sa mort bienveillante, on l’aide à se défaire des enveloppes qui entourent son âme et l’oppressent. Une suie de néant se dépose sur notre visage au long de notre vie. La mort est le gant de crin avec lequel Dieu nous débarbouille. L’attention commence ce travail. »

 Christian Bobin

 

 

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Samedi 25 mars 2006

C’est dur la constance, on se fourvoierait pour n’importe quoi. Pour n’avoir pas à tenir la route, suivre la barre… On mangerait à tous les râteliers de la distraction, les pires comme les meilleurs. On s’acoquinerait avec la bassesse, l’oisiveté grivoise. Ahhhh, pour ne pas être constant, qu’est-ce qu’on ne ferait pas !

Hmmm, je dis on, ça me rassure. Car si cela se trouve, la constance c’est trop facile pour les autres, pour eux, ceux qui sont là, partout, les autres. Etre constant c’est dans leur nature si ça se trouve, ça leur paraît naturel. J’avance, un petit pas chaque jour, un tous les jours, si je le fais chaque jour, c’est sûr que j’avance, y a aucun doute là-dessus. Ils sont constants et pour eux c’est facile, si ça se trouve.

Mais bon, je crois que je vais continuer à dire on. Ca m’aide, moi, à la constance. On fait des trucs, on s’amuse, on est frivole mais y a des jours où on y arrive à être constant, ben oui. Et puis, qui a dit que c’était ça le plus important, d’être constant ? C’est vrai, ça, pourquoi on devrait être constants, d’ailleurs ? C’est pas eux, là, qui l’ont dit ? Les autres, ceux qui sont là, partout, les autres, et qui font leur petit pas chaque jour…

 

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Dimanche 12 mars 2006

« Je ne sais quelle forme prendra la fin de l’impossible, mais je vous assure que dans notre état actuel avec ordre des choses, ça manque de caresses.

 

 

Les savants soviétiques croient d’ailleurs que l’humanité existe et qu’elle nous envoie des messages radios à travers le cosmos. »

 

 

Romain Gary, toujours.

C’est étrange ce langage. Ça martèle des sortes de vérités indicibles et troublantes. A la fois ça me fait rire et ça m’ôte l’élan de la bonne humeur. Je trouve ça fort. Des portes s’ouvrent dans le désir d’exister et de faire exister chaque morceau de l’humain. C’est l’évocation des caresses et du cosmos, ça entraîne un peu plus loin que son petit appartement. Ça entraîne le long du fleuve Amour en Russie, avec les savants soviétiques et toute l’humanité.

Et puis la syntaxe fait tomber dans la pensée les mots d’une drôle de manière. Je n’adore pas mais je suis très interpellée. Boris Vian me faisait un peu le même effet. Un dérangement excitant, une envie folle de s’ouvrir comme un paquet cadeau alors que le texte récite un déroulement ennuyeux d’une vie sans relief ou subie comme tel.

Il y a de drôles de zèbres dans la littérature.

Je ne comprends pas pourquoi la vie n’est pas plus excitante… Vraiment ça déborde peu. Chacun chez soi, dans sa famille, dans son train et dans son boulot. Le reste ne compte pas. Oui si peu.

« J’étais plein de moi-même avec bouchon », comme il dit, l’autre.

 

 

 

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Samedi 11 mars 2006

Un blog, c’est drôle. C’est même plutôt charmant. Ça ouvre les vases clos, ça délivre les humeurs enfermées. On se sent plusieurs même quand on est tout seul.

Un blog, c’est une porte ouverte sur le monde… Un petit jardin au portail qui grince.

Allez, un blog, c’est du brossage de dents, de la lessive pas cher de première qualité ! Ca donne envie, hein. Ça donne envie de l’avoir, son blog. De faire partie de la grande communauté, du blogopeuple.

Moi j’ai fait un blog pour écrire des trucs. Oh, rien de bien sérieux, des mots, du langage. Ecrire mes mots, mon langage. Faut faire ça, hein, quand on se reconnaît pas chez les autres. Faut le faire, oui !

J’espère que tout le monde fait ça. Pour être ici chez soi, avec tous ceux qui veulent aussi être un petit peu chez eux.

C’est cool, les blogs.

 

 

 

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