On parlera poésie ? Oh, on en écrira, oui.

 

On fera de la littérature ? Oh, on la côtoiera, oui. De loin, comme ça, pour rire.

 

On se perdra ? Oh oui, toujours.

 

 

 

 
Dimanche 2 avril 2006

 

Faire bien, au fond, ce n’est rien. C’est faire qui est important. Oh pas de grandes choses mais celles que l’on sent. J’ai les ratures en travers de la gorge, les élans composés et déliés plus loin, laissés à l’abandon. J’ai le bourdon des jours pas assez longs, comme une excuse sans cesse renouvelée. Ne rien faire de ce que l’on sent, se laisser manger par les petites activités, comme une bête, comme un corps vide.

Ce blog, c’est bien. Ce blog, c’est rien, c’est bien. Je ne sais pas de quoi j’ai peur, c’est tellement rien. Ah ah, je m’en ris, j’en rigole, je m’esclaffe. Je m’abrutis de savoir qu’il faut lâcher la bride, allez, lâcher du lest, allez, se laisser faire. Je le sais, c’est un secret entre moi et moi, ça me fait rire.

Il y a tant de blogs insupportables… C’est ça qui m’effraie. Tant de misère, de lutte, d’envie d’Etre. Il y a tant de pensées molles, abruties par des vies subies. Ça se sent, ça se voit, ça se respire partout. Ça me fait peur. J’ai peur toute seule, j’ai peur pour les autres, je le dis comme je le confesserais à un ours en peluche ; ici comme dans un journal, ce n’est pourtant pas ça que j’ai voulu. Mais bizarrement, il y a de l’indécence à faire autre chose. Tricoter de la littérature et venir l’étaler ici, je ne sais pas si c’est nécessaire.

J’ai peur pour les autres. Ils me font peur d’avoir peur pour les mauvaises choses.

Je viens le dire ici, pour l’instant c’est le seul endroit que j’ai trouvé.

par Exuvie publié dans : blah blah
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Mardi 28 mars 2006

« Quand on regarde vraiment quelqu’un, on est devant lui comme sa mort bienveillante, on l’aide à se défaire des enveloppes qui entourent son âme et l’oppressent. Une suie de néant se dépose sur notre visage au long de notre vie. La mort est le gant de crin avec lequel Dieu nous débarbouille. L’attention commence ce travail. »

 Christian Bobin

 

 

par Exuvie publié dans : blah blah
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Samedi 25 mars 2006

C’est dur la constance, on se fourvoierait pour n’importe quoi. Pour n’avoir pas à tenir la route, suivre la barre… On mangerait à tous les râteliers de la distraction, les pires comme les meilleurs. On s’acoquinerait avec la bassesse, l’oisiveté grivoise. Ahhhh, pour ne pas être constant, qu’est-ce qu’on ne ferait pas !

Hmmm, je dis on, ça me rassure. Car si cela se trouve, la constance c’est trop facile pour les autres, pour eux, ceux qui sont là, partout, les autres. Etre constant c’est dans leur nature si ça se trouve, ça leur paraît naturel. J’avance, un petit pas chaque jour, un tous les jours, si je le fais chaque jour, c’est sûr que j’avance, y a aucun doute là-dessus. Ils sont constants et pour eux c’est facile, si ça se trouve.

Mais bon, je crois que je vais continuer à dire on. Ca m’aide, moi, à la constance. On fait des trucs, on s’amuse, on est frivole mais y a des jours où on y arrive à être constant, ben oui. Et puis, qui a dit que c’était ça le plus important, d’être constant ? C’est vrai, ça, pourquoi on devrait être constants, d’ailleurs ? C’est pas eux, là, qui l’ont dit ? Les autres, ceux qui sont là, partout, les autres, et qui font leur petit pas chaque jour…

 

par Exuvie publié dans : blah blah
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Lundi 20 mars 2006

Nous errons, ma petite mort. Nous marchons, dans un silence fabriqué vers la pénible promesse. L’illusion gagne les défilés denses. Un corps suffit comme exemple et nous courons, tous, vers le même sort.

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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Samedi 18 mars 2006

Dream within a dream

 

 

 

 

( Edgar Allan Poe )

Take this kiss upon the brow
And in parting from you now
Thus much let me avow
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream
Yet if hope has flown away
In a night or in a day
In a vision or in none
Is it therefore the less gone
All that we see or seem
All that we see or seem
Is but a dream within a dream

I stand amid the roar
Of a surf tormented shore
And I hold within my hands
Grains of the golden sand
Oh how they creep
Through my fingers to the deep
While I weep while I weep
Oh God can I not grasp
Them with a tighter clasp
Oh God can I not save
One from the pitiless wave
Is all that we see or seem
Is all that we see or seem
But a dream within a dream
Dream, dream, dream ...

Une chanson bien envoutante pour nous, les petites Ailes Grises.

A découvrir d'urgence et à réécouter, encore et encore, en boucle jusqu'à ce que le rêve et la réalité se confondent...

par Exuvie publié dans : Citations
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Jeudi 16 mars 2006

Sa voix, son mépris. Leur acharnement idiot. Cette impression de lutte continuelle, et ceux qui écrasent les autres, ceux qui jettent leurs papiers. La boue de cette masse, la buée de leurs souffles réunis. Quel autel et quel rite ! A l’ouverture des portes puis à leur fermeture, là où les meuglements se poussent, là où les fous sortent les crocs… La rame démarre, elle est fidèle. Elle a les horaires établis du système. Elle charrie, indolente, ces milliers de teigneux et qui bavent et qui bouillent. Les lumières sont glauques, vitreuses, elles tombent sur les dos crispés de la cohue. L’ébranlement de la bête en marche fait grogner quelques cœurs étouffés. La vieille a mal aux pieds et supporte mal la chaleur de cette soupe humaine mais ce n’est pas trop grave car le manteau qu’elle porte a fait hurler bien plus d’un animal. Les valises et les sacs, des murs de vie et de travail, d’accessoires et de saletés ; des cuirs odorants, des laines et des cravates. Ce lot de bouches arrogantes et de regards fuyants, ce tas de rages et de croassements, l’image est infernale et pourtant si palpable… Je touche l’imper de cet homme et je vois qu’il s’énerve, il ne dit rien mais se fige dans le silence de l’emportement… Tristes et hagards, mes yeux perdus, fermés, ouverts, dérangés par la vue désolante ; perdus tout simplement au milieu de ce lieu convoité par tant de lâches ; et les larmes qui perlent au-dedans, qui suintent et tombent dans un vide obscurci par le chagrin de devoir assister à cette joute barbare, écœurante.

 

 

Train. Veste de voyageur. L’espace troqué contre le temps. On y respire la vie des autres, leur esprit nécrosé, la moue de leur dédain. On y rencontre sa propre déchéance, ses propres manques, faiblesse, humeur, rage, lassitude. Il faudrait de l’acide et tous, ils se désagrègeraient. Le mouvement cesserait, laissant fixé à son ahurissement le peuple dépossédé. Sur les rails, plus de grincements, plus de rouille ; le silence, l’arrêt de ceux qui courent et vivent dans l’urgence. L’arrêt de la machine. Enfin.

 

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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Dimanche 12 mars 2006

« Je ne sais quelle forme prendra la fin de l’impossible, mais je vous assure que dans notre état actuel avec ordre des choses, ça manque de caresses.

 

 

Les savants soviétiques croient d’ailleurs que l’humanité existe et qu’elle nous envoie des messages radios à travers le cosmos. »

 

 

Romain Gary, toujours.

C’est étrange ce langage. Ça martèle des sortes de vérités indicibles et troublantes. A la fois ça me fait rire et ça m’ôte l’élan de la bonne humeur. Je trouve ça fort. Des portes s’ouvrent dans le désir d’exister et de faire exister chaque morceau de l’humain. C’est l’évocation des caresses et du cosmos, ça entraîne un peu plus loin que son petit appartement. Ça entraîne le long du fleuve Amour en Russie, avec les savants soviétiques et toute l’humanité.

Et puis la syntaxe fait tomber dans la pensée les mots d’une drôle de manière. Je n’adore pas mais je suis très interpellée. Boris Vian me faisait un peu le même effet. Un dérangement excitant, une envie folle de s’ouvrir comme un paquet cadeau alors que le texte récite un déroulement ennuyeux d’une vie sans relief ou subie comme tel.

Il y a de drôles de zèbres dans la littérature.

Je ne comprends pas pourquoi la vie n’est pas plus excitante… Vraiment ça déborde peu. Chacun chez soi, dans sa famille, dans son train et dans son boulot. Le reste ne compte pas. Oui si peu.

« J’étais plein de moi-même avec bouchon », comme il dit, l’autre.

 

 

 

par exuvie publié dans : blah blah
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Samedi 11 mars 2006

Un blog, c’est drôle. C’est même plutôt charmant. Ça ouvre les vases clos, ça délivre les humeurs enfermées. On se sent plusieurs même quand on est tout seul.

Un blog, c’est une porte ouverte sur le monde… Un petit jardin au portail qui grince.

Allez, un blog, c’est du brossage de dents, de la lessive pas cher de première qualité ! Ca donne envie, hein. Ça donne envie de l’avoir, son blog. De faire partie de la grande communauté, du blogopeuple.

Moi j’ai fait un blog pour écrire des trucs. Oh, rien de bien sérieux, des mots, du langage. Ecrire mes mots, mon langage. Faut faire ça, hein, quand on se reconnaît pas chez les autres. Faut le faire, oui !

J’espère que tout le monde fait ça. Pour être ici chez soi, avec tous ceux qui veulent aussi être un petit peu chez eux.

C’est cool, les blogs.

 

 

 

par exuvie publié dans : blah blah
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Mercredi 8 mars 2006

 

Aujourd'hui, pour mon premier jour de blog (une nouvelle vie qui commence, quoi), je m'offre cette petite citation de Romain Gary... Hé hé.

 

"Descartes, au grand siècle, ou quelqu'un comme ça, a dû dire, j'en suis sûr, une chose formidable, que je ne connais pas, mais j'ai quand même décidé de regarder la vérité en face pour avoir un peu moins peur."

 

Magnifique !

 

Bon, je ne me mouille pas plus que ça, il fait froid.

 

 

par exuvie publié dans : blah blah
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