Vendredi 5 mai 2006

 

A terme aussi. Encore un peu, encore et jusqu’à quand. Les jours poussent les jours, les chiffres des ans créent les alertes, le temps passe. Tout à l’heure, un peu plus loin, là où les pas sont comptés, on saura ce que nous avons fait, ça plus ça plus ça. Avant, rien. L’oubli. Ça ne s’est pas encore donné, ça ne s’imprime pas. Des sons, des voix, des aveux vagues, des idées mortes. Une vie entière entre un jour et un autre, entre l’automne et la renaissance. Oter, prendre, partir, jouer, ça fait des branches et des chemins, un peu par-ci un peu par-là, une diversité folle et des cœurs qui balancent et qui ne s’entendent pas. La vie en mots, partout différente, assez semblable, pareil au même. Jalons posés sous le grand ciel, bulbes qui poussent, à des allures sournoises et personnelles. Rien d’aboli ni de souverain. Et quand je sors de la page me prend cette lourdeur de l’impossible, cette danse des contraires. Je me refuse. Qui en serait capable ? Tapis de soie et d’os, désirs et mort conjugués, repris dans un refrain qui va et vient, hier encore un peu, demain toujours. Les sorts se mélangent et nous ne savons pas encore ce que nous avons fait. Les jours s’enferment dans le temps, refusent d’être et se poussent, les uns les autres vers demain. Toujours plus loin parce que c’est plus sûr et comme ça on avance. Je tournerai sept fois ma langue ou bien ne le ferai pas. Le faire ou pas ? Ça dépend, la vie se joue là, se conditionne. La vie se joue, je le fais ou je ne le fais pas. Dans les jours, entre hier et demain, quelque part dans le temps, avant de savoir ce que j’ai fait. Avant, toujours, on ne comprend pas.

 

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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Dimanche 30 avril 2006

 

En ma tour ébranlée une tour ébranlée, un autre rêve qu’aucune âme. Une autre vie que je. En ma vie même, et par ma vie menée. Je

 

Prends le taureau par les cornes. Je prends ce que je peux. Danseuses et diodes, je me conduis, mal, bien, puis je me fais mener. Chemins, tracasse. Fariboles et ferraille, par les mots, souveraine, et sans aucun report. J’hâte, pour connaître la chute. Je les fais tendre vers. Trajets, tumultes à côté de. Vraiment, je me laisse faire. Une autre vie que la mienne, par les mots qui me mènent. Exaltation sans doute, arythmée en tout genre, flacons. J’échantillonne à revers, après eux, sur mon passage. Je cherche les troubles, les ressemblances. Brumeux, les fils, mystérieux. Troubles les ondes qui les relient. Par moi qui les suis, en simple candidate. Famille tressée, jeunes, affables et vieux. Je dicte sans mémoire, j’entreprends l’âge d’un autre temps que le mien. Divin, par mon corps l’étendue, sur une voie que j’ignore. J’ignore tout, toujours je formule avant de savoir. Cessions courtes, vérités pantelantes, fiction par la droite. Je me plie, à gauche, au réservoir des sens. Guides émiettés à la recherche d’une direction, d’un parcours. Peu importe le sinueux, j’avance, par eux lancée sur tout, partout, à la recherche dépassée. Je viens après leur passage, ramasse un pieu, un point. Adresse un mot, m’adresse aux mots, agissante. Vraiment je ne suis pour eux, qu’un silence. Par moi touchés.

 

Le vivant propre, proprement vif, tend vers demain. Regarde ailleurs, plus loin et plus vaste, et s’agrandit. S’étend encore, se multiplie, sans bornes recommence. La vie par la vie faite, engendrée d’elle-même et pour elle, s’ouvre, s’ouvre et se meut. Les mots naissent de par elle, pour eux et pour elle, les mots s’envoient au hasard, à la rencontre d’autres hasards. Appliqués dans la diversité, conscients de leurs promesses. Versatiles un jour pour une nuit d’automate. Sanglés en amont pour une liberté totale de chute. Voyage insignifiant de signifiants. Menant des barques. Agiles dans les dérapages. Sorciers.

 

En ma tour ébranlée, lancée sur le chemin, je les suis. Hors de moi-même et par ma vie menée. Je les suis dans la phrase, encore plus loin que le sens. Je les sens dépasser, fendre. Habités. Je me bats contre l’ange, contre l’âge, contre l’ange, contre l’âme. Sens et signification. Je me débats avec Facilité et Mensonge, attentive, emportée. La vie large, je la vois, des mots portés de part et d’autre de son dos, sculptés par la nécessité. D’Etre et de faire. Je les vois, par eux portée, dense à côté de toute chose. J’emporte dans mon sillage, les sauts que j’ai vus. Je restitue, transportée, les sons que je peux. Mots jetés, par devers moi et en dedans. Si simplement vêtus, venus, disponibles.

 

J’écris par eux, en leur terre transposée. J’assimile, ogre, je récupère, pieuse. Dangers de route balisée, réglementation nette. J’évite, je contourne, conduite par une logique sensitive, les sons tracés, pré-inscrits dans le vocabulaire. J’erre, entière et succombée, en ma vie même, par la vie habitée. En ma tour, au-delà. Sources inépuisables. Travail sacré.

 

J’écris les mots de ma quête. Je me retourne et par eux je me vois, être.

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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Jeudi 20 avril 2006

 

J’hypocrite, je sanctifie. J’égoïstement votre. J’alourdis ma facture en ombres résonances. Je suppute, avertie, je suppose, contrainte. Je demeure, toujours en attente, je demeure, hors d’atteinte. Le silence rôde, j’insiste. J’ouvre ma cheminée, je m’étends en poussière. L’accueil est froid, les nuits sont noires. Complètes.  

 

J’imagine. A bras coupés. Les trahisons, les heurts. J’éternité par le quart, par un peu seulement de ce que je sais faire. Je, encore, d’idéaux fuis, d’années coupées, d’assommés vains et d’amours lasses. Je, toujours, par la crosse et par le gibet, croyant au feu, baignant les armes. Tirée vers un avenir dénié, falsifications nettes. J’hyperbole en désuétude, j’apostolique en perpétuel. La verve tendue et le cœur trouble. A tâtons, pied à pied, liée. La grandeur veille, toute au-dehors, au nom des marbres et sur le papier. Il faut tenir ; encore un jour, pour que demain. Viendront les tords, assourdissants. Brumeux par l’os et jusqu’au sang. J’abrupte. Par colonies entières. J’apologie, de paroxysmes en paroxysmes. La langue est dans la fièvre, les désirs sinueux. L’ordre escompté, tambours rebelles que mon âge engourdit. Toujours. Toujours battants, poussés au vif de leur tirade. Radicaux libres et libérés, son en forme d’image. J’apitoie fort, je carbonise. Pour un peu l’âtre où ne siège pas. Demain jadis, jamais pourquoi. Assez de fleurs et au hasard. Tomberont. Sans être, pour être, pour n’être pas. Le choix m’arrête à deux carrefours, j’ai l’oubli juste et démesuré. Je prendrais quatre pains, j’en jetterais cinq. J’abolirais les cravates. J’avion les angles, apesanteur, les chromosomes en déroute. Affublée seule d’une joie terrible.  

 

J’ordre.

 

Je me remets en place, entre le songe et le serment.  

 

J’éternise. Je percute. Je jeu. Ensuite, et tout se dédouble. Les mots ont le plat de leurs certitudes. Je ne déroute ni ne reprends. Un verbe au milieu du paysage.  

 

C’est tout ce que c’est. Ça ne s’enlise. La fumée prend ce qu’elle peut, abroge un air au passage. C’est tout ce que je. En vain langage. Année sur année surannées. Attenté par la prose. Au pied du mot sans le point. Désordre sans carnaval, sans royaume.  

 

J’atermoie mon élan, je bute sur les portes closes. Je n’entends que le cor du corps. Du texte, encore en forme et bien ordonné. Agencé sage et calculé. Je bute, grammatical. Je bute, adjectivé. Je n’arrive pas à dépasser le mirage.  

 

Je n’arrive qu’à la fin. Avant le dernier point.  

 

Point. 

 

 

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Lundi 10 avril 2006

 

J’écris, à l’intérieur j’écris. A l’extérieur je vis et les jours passent, inéluctables. A l’intérieur les mots, silences ponctués de lumières éteintes, ravins clairs, sources profondes. Les parois se chiffonnent, entre le dedans et le dehors, les devoirs se mélangent et parfois se confondent. Il faut, je ne sais plus parfois ce qu’il faut. A l’intérieur écrire et à l’extérieur vivre. Je fais l’inverse, j’ignore ce qu’il faut, dans le devoir d’être et de conjuguer. Je mélange. Je dresse un pas, je dresse un mot, j’avance en poussant les vocables, les uns derrière les autres, je les marche, je les envoie sur le chemin à ma place. Je vis à l’intérieur et eux écrivent au-dehors, dans le jour. On échange. Je soigne mes points, mes consonnes, je travaille mes échafaudages. Ils gagnent le pain, manoeuvrent et font le cinéma. Les frontières sont lisibles, les frontières sont risibles. Ça passe d’un côté sans se perdre de l’autre, ou bien si, je ne sais pas, les frontières sont risibles.

 

 

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Lundi 20 mars 2006

Nous errons, ma petite mort. Nous marchons, dans un silence fabriqué vers la pénible promesse. L’illusion gagne les défilés denses. Un corps suffit comme exemple et nous courons, tous, vers le même sort.

 

 

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Jeudi 16 mars 2006

Sa voix, son mépris. Leur acharnement idiot. Cette impression de lutte continuelle, et ceux qui écrasent les autres, ceux qui jettent leurs papiers. La boue de cette masse, la buée de leurs souffles réunis. Quel autel et quel rite ! A l’ouverture des portes puis à leur fermeture, là où les meuglements se poussent, là où les fous sortent les crocs… La rame démarre, elle est fidèle. Elle a les horaires établis du système. Elle charrie, indolente, ces milliers de teigneux et qui bavent et qui bouillent. Les lumières sont glauques, vitreuses, elles tombent sur les dos crispés de la cohue. L’ébranlement de la bête en marche fait grogner quelques cœurs étouffés. La vieille a mal aux pieds et supporte mal la chaleur de cette soupe humaine mais ce n’est pas trop grave car le manteau qu’elle porte a fait hurler bien plus d’un animal. Les valises et les sacs, des murs de vie et de travail, d’accessoires et de saletés ; des cuirs odorants, des laines et des cravates. Ce lot de bouches arrogantes et de regards fuyants, ce tas de rages et de croassements, l’image est infernale et pourtant si palpable… Je touche l’imper de cet homme et je vois qu’il s’énerve, il ne dit rien mais se fige dans le silence de l’emportement… Tristes et hagards, mes yeux perdus, fermés, ouverts, dérangés par la vue désolante ; perdus tout simplement au milieu de ce lieu convoité par tant de lâches ; et les larmes qui perlent au-dedans, qui suintent et tombent dans un vide obscurci par le chagrin de devoir assister à cette joute barbare, écœurante.

 

 

Train. Veste de voyageur. L’espace troqué contre le temps. On y respire la vie des autres, leur esprit nécrosé, la moue de leur dédain. On y rencontre sa propre déchéance, ses propres manques, faiblesse, humeur, rage, lassitude. Il faudrait de l’acide et tous, ils se désagrègeraient. Le mouvement cesserait, laissant fixé à son ahurissement le peuple dépossédé. Sur les rails, plus de grincements, plus de rouille ; le silence, l’arrêt de ceux qui courent et vivent dans l’urgence. L’arrêt de la machine. Enfin.

 

 

 

par Exuvie publié dans : textes
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