... danser les fantômes ?

... poindre en vous l'idée d'un monde inconnu ?


... danser les fantômes ?

... poindre en vous l'idée d'un monde inconnu ?




Un masque de plus dans un monde sans fard.
Un masque de moins, posé là dans l'attente d’exister.
Un masque à la fois chaud et froid, hermétique et total.

Et que nous dit-elle, celle-ci ?

J’aime ce portrait de Jean Dunand. Je le trouve plein d’une émotion rare. Peut-être est-ce le bleu tout simplement qui me touche, ou bien la posture de la femme, son air vague, légèrement mélancolique. Je ne sais pas.
Il est fort, il puise loin, très loin dans le cœur, dans l’essence même du vivant.

« Je rêvais de m’envoler, la tête appuyée sur le mur et la main droite dans le vide.
J’inventais des petits spectacles pour moi tout seul, dans ma tête transformée en énorme théâtre.
J’avais envie de voir des ours et des baleines et des forêts mais le médecin dans son horrible manteau noir et ses mauvaises poudres blanches, plus jamais.
J’avais envie de prendre toutes les fleurs du papier peint pour les jeter par-dessus bord.
Depuis je ne supporte plus que les murs blancs.

Il y avait des odeurs de marronnier en fleurs, de papier d’Arménie.
Quand le jour s’est levé pour ma douzième année, le branche de l’arbre a ouvert les volets.
J’ai fait un ange en pain, une tortue aussi je crois.
J’ai compté les fièvres et les fleurs de papier.
Les fièvres sont tombées, le papier aussi.

Je me souviens que vers l’âge de quatorze ans j’avais imaginé des villages de terre et d’écorces qui envahissaient ma tête et le jardin de ma grand-mère au Chesnay.
Je savais ce que je ne voulais pas que ma vie soit.
J’aurais pu être clown, archéologue ou musicien.
J’ai rencontré le phoque de Constantin, l’eau, le plâtre et l’Angleterre.
L’atelier de Londres était en sous-sol. Dix ans de blancheurs aquatiales avant d’être avalé par la terre de Soignes.
L’atelier de Bruxelles était en ville sous les toits.
Ce voyage de toute évidence a surpris tout le monde.

Aujourd’hui il ne semble plus surprendre personne.
Sauf moi. Voyage en Arbonie. L’atelier est à Jolymont sous les arbres. Les corps sont tombés des étoiles et les visages me sont nés au creux des mains.
Le premier visage était en mie de pain.
Que serait-il arrivé si je l’avais mangé ? »

Textes et photos tirés d’un livre édité par l’Oeuf sauvage sur J.de Villiers en 1998 et de deux autres livres édités par le Bateau Fou en 1999 et 2000.

Paul IRIBE, vous connaissez ?
Cette petite commode recouverte de galuchat teinté vert est un de mes meubles préférés entre TOUS ! Elle a une force et une délicatesse inouïes. Je l’adore.
(photo : Editions Massin)
Jéphan de Villiers, vous connaissez ?
Malade, enfant, il avait inventé ce monde étrange qu’est l’Arbonie. Depuis, ces personnages à tête de mie de pain et à corps de bois et de terre ne cessent d’envahir les paysages de ses œuvres. C’est émouvant et magnifique.

« J’aime les après-minuit. La nuit c’est comme avant la naissance, la mémoire est transparente.
Il y a des voyages qu’il faut faire seul.
Depuis que je suis arrivé sur la terre, je ne me suis jamais ennuyé.
J’ai été à chaque seconde rempli d’étonnement.
J’aime les brumes du Nord plus que tout.
J’aime les silences du désert qui brûlent les oreilles.
J’aime les brumes et les lumières du Nord.
J’aime les rendez-vous dans Paris, les après-midi d’été.
J’ai travaillé à la recherche du silence avec les matériaux les plus simples possible. Les petits corps de bois ont toujours provoqué en moi une émotion fulgurante comme une grande musique.
Tous les matériaux que j’utilise ont mis des siècles à tomber sur la terre. Comment se fait-il que je sois justement là pour les rencontrer ? J’ai cherché partout et toujours un visage que je reconnaîtrais, je crois que c’est celui du dernier ange de terre.
Il y a des années que je suis au bord du monde. »
Jéphan de Villiers


« Le bleu est la couleur typiquement céleste. Le bleu développe très profondément l’élément du calme. Glissant vers le noir, il prend la consonance d’une tristesse inhumaine. Il devient un approfondissement infini dans des états graves qui n’ont pas de fin et qui ne peuvent en avoir. A mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient moins, le bleu prend un aspect plus indifférent et paraît lointain et indifférent à l’homme, comme un haut ciel bleu clair. Plus il s’éclaircit, plus il perd de sa résonance, jusqu’à devenir un calme muet, devenir blanc. Musicalement, le bleu clair s’apparente à la flûte, le foncé au violoncelle, s’il fonce encore à la sonorité somptueuse de la contrebasse ; dans ses tons les plus profonds, les plus majestueux, le bleu est comparable aux sons graves d’un orgue. »
Kandinsky, Du Spirituel dans l’Art, et dans la Peinture en particulier