On parlera poésie ? Oh, on en écrira, oui.

 

On fera de la littérature ? Oh, on la côtoiera, oui. De loin, comme ça, pour rire.

 

On se perdra ? Oh oui, toujours.

 

 

 

 
Dimanche 13 avril 2008



      "Mais eux ne savaient que me répéter, pourquoi as-tu sauté ? et je leur répondais que je n'avais pas voulu sauter, j'avais juste voulu tester ma cape doublure fuchsia - imaginez cette couleur féroce de géranium, brillante et palpitante comme les feuillages dans la lumière de juillet. Ils ne pouvaient pas comprendre - ou bien ils me soupçonnaient d'entourloupe- alors ils insistaient - ils étaient sans doute moins bêtes que je ne l'imaginais, ils se doutaient de la supercherie. Ils disaient, nous ne répéterons rien, tu peux avoir confiance en nous - mais je n'avais confiance en personne, excepté mes lapins, je n'avais pas confiance en maman qui, je le savais, devait être surveillée, je n'avais pas confiance en papa parce que ce n'était pas le vrai, celui qui a giclé, et que ça faisait malgré tout une différence. Alors voyez donc, je n'aurais jamais pu leur faire confiance aux psychologues de l'hôpital. Je leur souriais. Fais-nous confiance, répétaient-ils, et je faisais l'étonnée, comment ne pas vous faire confiance les gars, vous avez de si jolies blouses blanches même pas tachées de sang, vos yeux sont si clairs et si francs, vos mains tremblent légèrement - abus d'armoires à pharmacie ? -, mais c'est un élément rassurant, ces mains prises d'un léger tremblement, ça vous rend accessibles, vous n'êtes donc pas de parfaits androïdes, tes parents sont-ils gentils avec toi ?, je les regardais et j'imaginais leur femme, leurs enfants, leur maîtresse, leur maison et leur Range Rover, et l'école ça va l'école ?, eux cherchant une réponse, quelque chose qui étaierait les diagnostics déjà inscrits dans les dossiers avant même que j'ouvre la bouche, eux s'évertuant à me plier en cinq, à me presser sur la tête pour que je rentre dans la boîte, que je ne bouge plus du dossier suspendu dans l'armoire métallique, que je ne détruise pas leur dogme avec mes réponses incongrues, non non non tout ca très bien, je voulais juste tester la résistance du tissu et la résistance de mon corps à l'aplatissement-choc-écrabouillage-pulvérisation."

Véronique Ovaldé, extrait de Déloger l'Animal. Pages 50-51

par Exuvie publié dans : Citations
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Dimanche 6 avril 2008

 





par Exuvie publié dans : Flore
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Mercredi 2 avril 2008





"A ceux qui croient encore à l'aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations unies pour le dévieloppement). La corrélation est régulière entre le montant de l'aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n'a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris... Il n'est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l'un des premiers bénéficiaires de l'aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d'éducation. L'argent s'est perdu en route. Il est justement fait pour cela."
(...)
"La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, sur son sol, ses enfants d'ascendance africaine n'était pas français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme."



Eva JOLY, La Force qui nous manque.



par Exuvie publié dans : Citations
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Lundi 31 mars 2008



« Ces notes comme des sonatines qui tentent de recomposer un moi. Le moi-feu qui voudrait étreindre la mer. Le moi-oiseau s’envolant à tire-d’aile vers une promesse de lumière. Le moi-fumée qui tournoie dans l’air et part en volutes. Le moi-crépuscule gagné par le désir d’un avant-jour. Le moi-labyrinthe qui refuse de se perdre dans le dédale de ses souvenirs. Le moi-livre porté manquant parce qu’il a quitté les rayonnages pour aller à la recherche du message contenu dans le poème à venir. »

Linda Lê, Personne

par Exuvie publié dans : Citations
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Mardi 18 mars 2008

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par Exuvie publié dans : Troncs
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Mardi 11 mars 2008

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par Exuvie publié dans : Troncs
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Vendredi 29 février 2008
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par Exuvie publié dans : Faune
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Samedi 23 février 2008

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Dimanche 10 février 2008

 

Maurice Ravel et le Concerto pour la main gauche

 

Jean Tardieu  

 

"Bien en deçà du niveau de la vie, je me débattais péniblement dans un brouillard de palpitations mornes, lorsqu’un chapelet de fusées coupa ce magma d’une longue et nette ponctuation de mots : choix ! décision ! entêtement ! solennité ! conspiration ! catégories ! solitude !

Alors l’unique main, libérée, s’en alla légèrement tracer des cercles magiques autour des membres d’onyx, toucher les marbres asphyxiés, comparer leur fraîcheur avec celle de la nuit, peser la vie et la mort dans une balance de platine, distribuer à mille assassins corrects habits noirs et cravates blanches.

Le diamant précis coupant les vitres sans défense.

Pas de soleil, pas de vent au dehors. Pas d’heure. Pas de saison. Mais des passages intermittents d’étincelles en pluie, des fuites distinguées de dames démentes apportant au bal le satin pour danser et la corde pour se pendre. Et puis, - ailleurs, - inattendus, - brusquement, - des martèlements de tambours sur les tempes et les cordes tendues jusqu’à se rompre et le cerveau près de crier : assez ! assez ! La main, aussitôt, le console avec un serpentin de louanges terriblement tristes et charmantes, hélas ! comme si ce cœur trop fin pouvait pleurer, comme s’il connaissait les mots de notre langue. Ah !

… Il nous reste les joies funèbres de l’accélération lancée vers l’abîme, - de l’accélération têtue, croissante, infernale des couples de danseurs sous les lustres, - de l’accélération frénétique en défi au monde éteint, ensorcelé et soyeux, - de l’accélération lancée à la mort, jusqu’à faire enfin sortir des acrobates de la main ivre, cette âme transie de froid qui tenait la tendresse humaine serrée dans un corset de fer, par pudeur, par fierté, pour RIEN !"

par Exuvie publié dans : Citations
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Lundi 28 janvier 2008

 

 

par Exuvie publié dans : Faune
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